Depuis l’arrivée de GPT-6 dans ChatGPT, les 7 et 8 octobre 2026, le trafic ChatGPT fond dans Google Analytics 4 et Adobe Analytics. Les liens cliqués dans les réponses n’emportent plus l’étiquette « utm_source=chatgpt.com » ni aucun référent, et ces visites atterrissent dans le canal « direct ». D’après la seule analyse chiffrée publiée à ce jour, celle de Cedric Huesler, chez Adobe, les visiteurs n’ont pas disparu : ce sont les rapports qui ne les reconnaissent plus.
Ce que GPT-6 a changé dans les liens de ChatGPT

Jusqu’à ce mois-ci, OpenAI ajoutait « ?utm_source=chatgpt.com » aux liens de ses réponses, un suivi mis en place en juin selon Search Engine Roundtable. Un simple filtre sur la source suffisait pour isoler ces visites dans GA4. Le 14 octobre, le site américain a relevé que les paramètres UTM semblent avoir disparu des liens de ChatGPT, vraisemblablement depuis la sortie de GPT-6.
Le mécanisme a été décrit sur LinkedIn par Cedric Huesler. GPT-6 ouvre les liens dans un nouvel onglet avec l’instruction window.open(url, « _blank », « noopener,noreferrer »). L’option « noreferrer » empêche le navigateur de transmettre la page d’origine, et l’étiquette UTM n’est plus ajoutée. Sans source déclarée ni référent, l’outil d’analyse range la visite en direct. Huesler a cette formule : « ChatGPT n’a pas cessé d’envoyer des visiteurs. Il a cessé de vous dire qu’il les envoyait. »
OpenAI ne s’est pas exprimé. Bug ou choix délibéré, Barry Schwartz, rédacteur en chef exécutif de SER, ne tranche pas, et un retour en arrière reste possible. N’attendez rien du canal par défaut « AI Assistant » (assistant IA) de GA4 : selon Dalin de Graff, stratège SEO/GEO chez First Rank, il s’appuie sur une liste de référents établie par Google et reste aveugle quand le référent manque. Gemini suit le chemin inverse. Il ajoute des paramètres UTM à ses liens depuis fin septembre et reste mesurable.
Les chiffres de Cedric Huesler montrent un trafic ChatGPT déplacé, pas perdu
Huesler a retenu environ 500 pages sur lesquelles ChatGPT apportait au moins 5 % des visites, puis comparé la période du 9 au 13 octobre à la semaine précédente. Les visites attribuées à ChatGPT ont reculé de 31 000 par jour. Sur les mêmes pages, le direct en a gagné 26 000. La recherche a perdu 7 %, comme ailleurs : un bruit de fond.
Rapportés l’un à l’autre, ces deux chiffres donnent l’ampleur du transfert : environ 84 % de la baisse ChatGPT réapparaît en direct. C’est notre calcul, pas un chiffre publié, et il laisse 5 000 visites par jour sans explication. Le détail page par page va dans le même sens. Parmi les pages qui perdaient du trafic ChatGPT, le direct a progressé sur deux sur trois, contre une sur deux la semaine d’avant. La recherche, elle, n’a progressé que sur 45 % d’entre elles.
Le profil des visiteurs trahit aussi leur origine. Sur mobile, la part des visiteurs directs qui voient le bandeau de consentement, donc qui découvrent le site, est passée de 36 % à 44 %. Chez les visiteurs ChatGPT encore identifiés, elle atteint 55 %. Huesler note enfin une chute d’environ 60 % des visites ChatGPT suivies le 13 octobre, le jour où GPT-6 a été généralisé à presque toutes les réponses.
L’auteur pointe lui-même les limites de l’exercice : quatre jours de données, échantillonnées, et un signal visible seulement là où ChatGPT pesait lourd. Le périmètre exact des 500 pages n’est pas précisé. Aucune mesure n’a été publiée sur des sites français, mais le SEO Sébastien Billard observe depuis le 9 octobre une forte baisse du trafic humain venu de ChatGPT, un recul des passages du robot ChatGPT-User et, depuis le 7 octobre, un robot OAI-SearchBot plus actif.
Trois signaux pour repérer ces visites dans le direct
Le premier se lit sur les pages profondes. Personne ne tape à la main l’adresse d’une fiche produit, d’une grille tarifaire ou d’une réponse de FAQ. Si le direct grimpe sur ces URL depuis le 8 octobre, ChatGPT devient le suspect numéro un, et Huesler en fait son indicateur de remplacement.
Le deuxième tient à la bascule simultanée sur les mêmes pages de destination. Dalin de Graff propose de refaire le contrôle de Huesler sur son propre site, sur une fenêtre courte : du 9 au 13 octobre contre la semaine précédente. ChatGPT qui baisse et direct qui monte sur les mêmes URL : le transfert devient probable.
Le troisième concerne la part de nouveaux visiteurs dans le direct. Ce canal rassemble d’habitude des clients fidèles et des favoris. Une poussée soudaine de nouveaux utilisateurs, surtout sur mobile, colle davantage au profil d’une arrivée depuis un assistant IA. Vincent Gallez, d’info-lux, prévient qu’un petit site aura du mal à distinguer cette bascule de ses variations habituelles.
Ajuster ses rapports GA4 et ses segments
Rien ne permet aujourd’hui de remettre l’étiquette ChatGPT sur ces visites. Le but est d’éviter les contresens et de garder une tendance lisible. Nos recommandations reprennent les méthodes publiées par Huesler, de Graff et Gallez.
- Poser une annotation datée du 8 octobre dans GA4 et dans Adobe Analytics, pour que la rupture ne soit pas lue comme un recul de visibilité.
- Présenter ChatGPT et direct côte à côte dans les rapports, avec une lecture page par page des pages de destination.
- Créer un segment « direct + nouveaux utilisateurs + pages profondes » (fiches produit, tarifs, FAQ, aide) et le suivre comme une tendance, pas comme un décompte exact.
- Conserver un groupe de canaux personnalisé, fondé sur une expression régulière listant les domaines des assistants IA, pour les moteurs qui transmettent encore un référent.
- Ajouter une option « un assistant IA (ChatGPT, Gemini…) » à la question « Comment nous avez-vous connus ? » de vos formulaires, et comparer chaque mois les réponses du CRM avec GA4.
Les clics ne racontent plus toute l’histoire. Dalin de Graff conseille de suivre les citations avec un panel fixe de questions posées aux moteurs d’IA. Côté Microsoft, Bing Webmaster Tools publie un rapport sur les citations dans Copilot, « Topics portfolio » (portefeuille de sujets), qui ne dépend d’aucune étiquette UTM.
Revoir dès ce mois-ci les tableaux de bord de visibilité IA
Le danger le plus concret se niche dans les comités de fin de mois. Le reporting d’octobre affichera une chute brutale de la ligne ChatGPT, et quelqu’un en déduira que le travail sur la visibilité dans les moteurs de réponse ne paie plus. Huesler le dit sans détour : annotez la rupture avant que quelqu’un d’autre ne l’explique à votre place.
Chez Snazzy, on conseille de figer tout de suite la méthode de lecture : une ligne ChatGPT + direct sur les pages concernées, une comparaison avec la période antérieure au 7 octobre, et aucune décision budgétaire fondée sur la seule ligne ChatGPT tant qu’OpenAI reste muet. L’étiquette ne mesurait d’ailleurs pas tout. Le 1er octobre, Aashish Kasma montrait que Google indexait des URL portant « utm_source=chatgpt.com », jusqu’à une page de connexion Disney+, ce qui attribuait à ChatGPT des visites sans aucun clic dans l’assistant. Dalin de Graff le résume ainsi : « Si toute votre mesure de l’IA tenait dans une étiquette UTM, vous n’aviez pas de dispositif de mesure. Vous en louiez un. »
Le calendrier mérite aussi qu’on s’y arrête. La même semaine, selon SER, des « ChatGPT Ads Account Managers » (responsables de comptes publicitaires) démarchent les annonceurs. Rien ne relie officiellement les deux sujets, mais arbitrer demain entre visibilité organique et publicité dans ChatGPT exigera une mesure solide, qui croise plusieurs sources et documente chaque rupture. Si vos tableaux de bord reposent encore sur un filtre UTM, notre audit marketing et data vous aide à reconstruire une lecture fiable de votre visibilité dans les assistants IA.
